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lundi 15 janvier 2007

Nos conclusions provisoires

(Michel François, Muhka, Anvers)

Nous avons créé le thème "03.1 Nos conclusions provisoires", celui-ci a pour but de définir l'art contemporain, notamment via nos interprétations et via un article de journal que nous avons écrit et qui a été publié dans le Flux News d'Avril 2007. Nous avons tenté de donner une définition à l'art contemporain en le plaçant dans différents contextes : les médias... En cliquant sur "03 Nos conclusions provisoires" dans le menu "THEMES", vous pourrez directement accéder à l'introduction, la tentative de définition et à la conclusion que nous avons pu réaliser. Vous pourrez également réagir, comme toujours, à cet article.
Par Thibaut

L’art contemporain, un monde à part ?

L’art contemporain peut sembler étrange et étranger au grand public, car il éclate les codes de la culture académique. Il existe ainsi, entre les initiés, les débutants et les récalcitrants, de nombreux fossés… que nous avons en partie franchis lors de notre rhétorique au Collège Ste-Véronique de Liège. Par l’intermédiaire de notre option « arts d’expression » (4h/semaine, comme l’option latin, sciences, math, langues ou économie), nous avons en effet été immergés dans ce milieu parfois critiqué ou, le plus souvent, méconnu, par notre entourage direct.
Il est vrai que, lors de la visite de notre première exposition, « Frontières cordiales » de Jacques Lizène et Arnaud Labelle-Rojoux, nous avons eu l’impression d’être jetés dans l’océan, sans même savoir nager. Mais au fil du temps, à force de patauger, d’oser esquisser quelques mouvements, nous sommes vite parvenus à flotter, pour finir par nous sentir comme de vrais petits poissons dans l’eau !

Pour cela, il nous a fallu apprendre les rudiments d’un nouveau mode d’expression, changer nos habitudes de consommateurs d’images, accepter d’abandonner nos certitudes et découvrir les portes les plus cachées… Bref, parcourir un chemin semé d’embûches, mais réellement enrichissant !

Par Cécile

Sur les bancs de l’art contemporain.

L’art contemporain utilise un langage particulier. Dès lors, comment serait-il accessible sans passer par un apprentissage ? Sans les bases de grammaire anglaise et des codes de l’informatique, il nous serait bien difficile de nous débrouiller dans ces deux matières. Pourquoi en serait-il autrement pour l’art contemporain ?

Pourtant, contrairement à l’anglais et à l’informatique, le langage de l’art contemporain est très peu repris dans les programmes scolaires. Malgré les efforts et les engagements pédagogiques de certaines écoles par des activités d’éveil, l’accès à l’art en général est assez limité. La réforme récente des programmes en ce qui concerne l’éducation artistique au premier degré de l’enseignement secondaire n’en est qu’une illustration parmi bien d’autres.

Outre l’initiation aux codes, un investissement personnel est nécessaire pour quitter nos habitudes de jeunes consommateurs passifs destinés à devenirs des adultes lobotomisés qui travaillent pour gagner de l’argent et pouvoir le dépenser par la suite dans des compensations et des détentes... Mais n’est-ce pas primordial de découvrir le plaisir d’apprendre, la satisfaction face à l’effort accompli, l’existence d’autres manières de voir la vie ? L’impulsion de cette ouverture devrait être accessible à un maximum de jeunes !

Au Mukha, nous avons croisé de nombreux groupes d’enfants. La Flandre semble donc se soucier davantage de la question d’accès à la culture exigeante. Les classes de maternelles sont, par exemple, prises en charge par une équipe pédagogique spécialement formée qui les amène à s’adapter aux structures du musée ainsi qu’à la complexité des œuvres et non le contraire. L’art fait partie intégrante de la vie, sans pour autant, se médiocriser. Pas de « prémâchage » mais bien des clés dès le plus jeune âge!

L’initiation aux rudiments de nouveaux langages, l’apprentissage du plaisir de la découverte et de la réflexion personnelle, l’intégration d’une culture vivante et en recherche, l’habitude de passer la porte des musées… voilà ce qu’il faudrait mettre en œuvre à grande échelle !

Par Jill et Julie

Jeudi soir… Cauet ou nocturne des galeries d’Anvers ?

Née dans la société de consommation, notre génération ne peut qu’être trop attirée par l’émotion facile et le lymphatisme. Pour beaucoup, il ne faut surtout pas réfléchir, plutôt rêver à un idéal scintillant, combler ses frustrations en consommant, en s’assommant devant l’écran, en se divertissant sans se prendre la tête… tout en se cultivant quand même un peu, pour ne pas « avoir l’air bête ». La culture dans cette optique là est destinée à distraire et à « paraître ».

Comme les feuilletons, les jeux, les skyblogs, les sites de reportages choquants (Rotten, par ex.), le cinéma hollywoodien, la musique de Skyrock ou la littérature « facile », les arts plastiques ont comme but l’évasion et le consensuel rassurant.

Dès lors, la télévision occupe le temps, la musique l’espace et les livres l’esprit… Il est plus aisé d’écouter du David Guetta, de lire Marc Lévy, de regarder " Prison break", d’acheter une reproduction de Monet que de s'investir dans une œuvre plus exigeante. C’est sûr, écouter Camille, lire Marguerite Duras, regarder Inland Empire ou visiter Art Brussel demande davantage d’implication.

Grâce à notre expérience, nous voyons aujourd’hui l'art comme un langage qui nous conduit à accepter d'être déroutés, qui nous bouscule dans notre vision du monde, qui remet nos habitudes et nos certitudes les plus ancrées en question. Bref, qui nous libère !

Par Charlotte, François et Manon

C’est de l’art ça ?!

Tout au long du XXème siècle, l’art moderne a déjà bien bouleversé les règles de l’art classique. Le grand public n’a d’ailleurs pas encore digéré qu’un urinoir, une scarification, un mode d’emploi, un poster signé, un fromage sous verre ou une crotte en boîte puisse « être de l’art ».

Aujourd’hui encore, les réflexions que nous entendons régulièrement autour de nous sont « c’est moche ! », « je ne mettrais pas ça chez moi », « mon fils pourrait le faire en maternelle », « payer aussi cher pour ça ! », « ils sont fous », « n’importe quoi ! »… L’art contemporain continue dans cette voie : l’œuvre n’est pas destinée à être pratique à stocker, à faire plaisir, à « être belle ». L’art a bel et bien évolué et le support de l’œuvre en témoigne largement, n’en déplaise….

Lorsque nous avons visité des lieux où l’art contemporain est en recherche, nous avons d’abord eu le sentiment de nous retrouver dans « un grand bazar », où sont disposés une multitude d’objets hétéroclites sortis de leur contexte traditionnel : des chaises suspendues au plafond (Lucile Bertrand), des peintures réalisées sur d’anciennes portes (Walter Swennen), des dessins gribouillés sur des enveloppes usagées (Jacques Lizène), une porte de jardin (Pol Matthé), un lampadaire (Peter Piller et Christof Zwiener), des piles de feuilles pour Fax (Alain Bornain), des portraits de familles banals (Hassan Darsi), des vieux pots de peintures (Jean-Pierre Ransonnet), de la frigolite (Honoré d’O), des oreillers souillés, des mannequins de magasin, de vieux baffles, des briques …
Au début de notre parcours, il nous était difficile d’adhérer à ce type d’art. Ce n’est pas étonnant vu que beaucoup n’ont toujours pas reconnu certaines œuvres du début du 20ème siècle, malgré leur influence notoire sur l’art et sur la société.

En attendant, l’art contemporain, lui, s’adapte à la société, à ses habitudes, à ses langages, ce qui est une belle opportunité pour notre génération : surfer et chatter fait en effet partie de nos activités quotidiennes. Pour nous, pousser la porte d’une galerie présente bon nombre de problèmes car il nous faut trouver l’adresse de l’exposition et le temps pour y aller, oser sonner… ce qui peut en décourager plus d’un. Ce n’est pas le cas des liens. Tamara Lai, Denis Cointe, Olga Kisseleva ou Nicolas Guillemin nous ont fait partager leur univers sans quitter notre bureau, entre une recherche pour le cours de sciences et une visite d’un skyblog.

Bien sûr, il faut un peu fouiller… explorer le web-art, ne se peut se faire en deux « clics » sur Google !

Par Elisabeth, Florie et Laura

L’art contemporain dans l’e-médias ?

Alors, tenté par l’art contemporain ? Encore faut-il le trouver…

Première étape, nous rassemblons les infos (listes d’expos, affiches, dépliants, explicatifs…) : office du tourisme, médiathèques et librairies, Internet, agendas et articles de journaux (Spectacle, Liège 04, Le Soir, La Libre Belgique, La Meuse), émissions de radio et de télé régionale…
Le dépouillement des résultats est laborieux : quelques minutes à la radio et la télé ou quelques lignes dans les journaux pour les évènements (comme l’expo de Spilliaert il y a quelques mois), informations très générales sur les musées d’art (« contemporain ? qu’est-ce que vous voulez dire par là ? vous cherchez des peintures ?»), liste des centres d’art subventionnés sans explication possible et papillons d’expositions d’art décoratif (dit « art bourgeois ») à l’office du tourisme, articles publicitaires dans les revues et journaux locaux visant le touriste culturel du week-end…

Deuxième étape : on visite. C’est là qu’on se rend compte que ça devient compliqué. Les recherches nous donnent des pistes en vrac. Expositions d’art moderne, galeries d’art décoratif, centre de recherche artistique s’entremêlent. Et même, ces centres font partie d’un milieu caché dans tous les sens du terme. Où sont les enseignes ? Les Brasseurs à Liège et le NICC à Anvers, par exemple, ne sont pas d’une extrême visibilité ! Les seules galeries accessibles sans localisation préalable, à Liège, vendent des tableaux qui « donneraient bien au dessus du canapé ».

Troisième étape : on se pose des questions. Si l’art qu’on me présente en premier lieu n’est soi-disant pas de l’art contemporain, comment l’aurais-je su et comment aurais-je fait pour découvrir ce véritable art contemporain sans les coups de pouce du cours d’arts d’ex. ?

Quatrième étape : pousser le bouchon, c’est-à-dire entrer dans des galeries privées exigeantes, qui prônent un art d’investigation « pointu », pour un public averti. Là, il faut vraiment connaître avant de chercher. Souvent, la promotion se fait par le site web (et un blog avec des textes, des interviews sonores, des photos et une possibilité de laisser des commentaires, pour la Galerie Nadja Vilenne), par les foires et par des magazines spécialisées comme le H-art, qui touche le public le plus international et connaisseur possible. Evidemment, les galeries privées ne jouent pas le même rôle que les musées ou les centres subventionnés. Pour continuer à fonctionner, elles doivent vendre. C’est pourquoi elles ciblent la population la plus susceptible d’acheter l’art contemporain qu’elles présentent : ici, les musées et les collectionneurs avisés.

Conclusion : arriver aux portes de l’art « contemporain », au sens artistique du terme et non au sens temporel, est loin d’être enfantin. Plus le public cible est large, plus la publicité sera visible dans les lieux les plus fréquentés par la foule. Plus le public est spécialisé, plus la publicité se fera discrète, voire invisible pour celui qui ne sait pas où chercher. Nous pouvons donc affirmer que l’initiation à l’art contemporain nous a demandé une réelle enquête, carte en main…

Par Laetitia, Julie et Thibaut

Retour du pays de la quatrième dimension…

Voilà, nous avons parcouru un pays inconnu et nous avons survécu… Survécu à quoi ? A l’apprentissage de nouveaux codes, à la critique de la société à laquelle nous allons participer, à la remise en question de nos habitudes les plus ordinaires… Finalement, nous avons accepté d’être dérangés !

Cela n’a pas toujours été facile, même avec une base de connaissances en histoire de l’art et un guide qui nous ont donné des repères, même avec l’aide que les galeries nous ont accordée.

Pour monsieur x ou madame y, les difficultés du « parcours initiatique » seraient bien sûr multipliées. Pour eux, en effet, ni cours ni intermédiaire ni visite guidée dans des galeries privées ni horaire régulier prévu pour progresser de semaine en semaine !

Mais ça vaut la peine qu’on veut bien se donner ! Nous avons pris conscience que l’art est essentiel à la compréhension du monde. Il nous apprend à développer notre réflexion et notre sensibilité. Il élargit nos horizons. Il enrichit notre culture et nous aide à grandir en nous éveillant aux différentes formes d’expression et en nous poussant à chercher une autre source d’épanouissement que les divertissements qui abrutissent.
De plus, à la découverte d’un nouveau domaine, s’ajoute la satisfaction de ne plus se sentir démuni et exclu face à la complexité de l’inconnu. Nous savons désormais que nous sommes capables d’appréhender le monde, même sans les critères préétablis que l’on s’impose par paresse ou peur du changement.

Par Cécile et Thibaut